La bataille pour Cannes

La prise de Hill 84 et de Castle Hill

Cette photo probablement prise dans le vallon de la Rague le 22 août nous montre plusieurs officiers du 509th Combat Team. De gauche à droite : 1st Lt. Harry S. Lieber, Captain Edmund J. Tomasik (commandant de la HQ Company) Major John H. Apperson (commandant en second du 509th), et le Maj. Victor E. Garrett (S-3 HQ 463rd PFAB).

Le 20 Août, le 509th entreprend sa progression vers Cannes, son premier objectif majeur avant d’atteindre les rives du Var. Cependant, d’autres objectifs de moindre importance doivent d’abord être pris. Les paras du 509th PIB relève les hommes de la Charlie Company du 141st Infantry Regiment de la 36th Infantry Division devant Hill 84 « Castle Hill » dans l’après-midi du 20 août et des plans sont élaborés afin de prendre d’assaut la colline et du château dès le lendemain matin. Les paras du 509th prennent position au sud de la colline où entre les deux se trouve le vallon abrupte de la Rague. « The Castle » est le point fort d’un système de tranchée et d’emplacement de mitrailleuses fortifiées.

À 5h du matin le 21 août, le 463rd PFAB lance un puissant pilonnage sur les positions allemandes. À 6h, C/509 descend pour donner l’assaut sur la crête principale avec deux pelotons menant l’assaut et un troisième en appui derrière les pelotons à gauche. Toujours inaperçue par les Allemands, ils suivent la route côtière. Les éléments principaux de l’assaut atteignent les Allemands et « The Castle » avant même qu’ils ne réalisent qu’un assaut se déroule. L’effet de surprise s’avère décisif. Même si des coups de feux se font ressentir, la résistance est légère et non organisées. Ils progressent sous les tirs des mitrailleuses et les presses purées allemand. Cependant, les Allemands ne jettent pas leurs armes et augmentent les tirs. Le 3rd Platoon de la C Company est l’unité qui prend d’assaut la colline en premier. Lorsqu’ils approchent du château, les tirs cessent. Le peloton du 1st Lt. Justin McCarthy rentre et nettoie le château. Le peloton fait 15 à 20 prisonniers dont la plupart sont polonais. Certains parachutistes sont d’origine polonaise et sympathise avec les prisonniers.

61 prisonniers sont faits et sont ramenés à l’arrière après la prise du château. Tout de suite après, l’artillerie ennemie pilonne la zone. Les tirs sont ajustés probablement d’un bâtiment de l’autre côté du château. L’artillerie naval tire sur la maison et fait ainsi taire les tirs d’artilleries.

Alors que la C Company est occupé à prendre le château, la B Company redescend dans le vallon afin de prendre Hill 84. Les Allemands sont sur leur garde et la B Company rencontre une résistance beaucoup plus sérieuse que la C Company et est clouée au sol durant un certain temps à cause des tireurs d’élites et des mitrailleuses qui leur tirent dessus. La compagnie perd au moins deux pelotons et n’ont aucun contact avec le 551st PIB sur Hill 105 situé sur le flanc gauche. Les munitions s’épuisent rapidement.

Cinq ou six hommes de la C Company sont envoyés au château avec du fil de communication, des téléphones de campagne et des jumelles. De la position de la colline, ils peuvent voir des canons ferroviaires allemands tirant pour ensuite se cacher dans leurs positions dans la montagne pour recharger. Une mission de tir est requise de la part des canons de la marine et un canon ferroviaire est détruit. Malheureusement, les Allemands repères leur position et une équipe de mortier allemand marque un coup direct sur leur poste d’observation en blessant de nombreux hommes en en tuant l’un d’eux. La journée du 21 août est catastrophique pour le 509th PIB et en particulier pour la B Company. Environ 13 hommes sont morts et de nombreux autres sont blessés.

Hill 131 et le village de La Napoule

La Able Company commandé par le Captain Ernest T. « Bud Siegel ayant été maintenue en réserve lors de l’attaque de Castle Hill (Château Agecroft) allait dorénavant être envoyé en tête. À 6h, l’artillerie déclenche un tir de barrage sur Hill 131 et les paras de la A Company attaquent en direction de la colline, dépassant les positions des B et C Company mais la coordination est très mauvaise et plusieurs hommes sont blessés ou tués Le Captain Bud Siegel est aussi blessé ce jour-là. Il est littéralement « snipé » par un 88mm juste après avoir donné l’assaut à sa compagnie et est touché à l’épaule. À 7 heures 30, la colline est prise ainsi que 12 prisonniers allemands. Ce jour, le Major John N. Apperson, commandant en second du 509th PIB est tué ainsi que deux autres officiers du 509th PIB.

Rendez-vous sanglant à Hill 105

Le 551st quitte Draguignan le 18 août pour un temps de repos à Puget-sur-Argens. Ils sont rejoint par les Pathfinders de leur unité. Le 19 août commence pour le 551st une marche de trois jours dans les montagnes en direction de Cannes. Une avance directe sur la ville est impossible sans s’assurer des collines dominantes. Dans l’après-midi du 20, le bataillon prend la relève des hommes du 2/141 de la 36th Infantry Division. Le bataillon est alors stoppé par un fortin à La Napoule, ou Hill 105, contenant un canon de 105mm. Quand les hommes arrivent timidement à 1km de Cannes sur une butte, ils entrent dans la porter des canons de 280mm sur rail, situé à Nice à environ 24 km de là. Loin… Mais pas assez.

Les combats sur Hill 105 donnent lieu à une bascule sanglante, les allemands surprennent tout d’abord les Goyas en sautant de leurs foxholes et en faisant feu à bout portant.

Le lendemain matin, le front est plus calme et Wood Joerg ordonne à son bataillon d’attaquer plus vers l’est dans l’après-midi comme  toutes les unités de la FABTF.

L’Après-midi jusqu’à tard dans la nuit du 21 août, les canons ferroviaires au loin, tires. Les obus sont de toutes les tailles, de 88 à 280mm. Les hommes sautent tout autour en bronchant, en essayant de ramper dans la terre, en ne trouvant nulle part un trou assez profond pour garder un homme vivant pour la nuit. Pendant près de deux jours et demi ils ne sont ravitaillés ni en au ou en nourriture, sous une grosse chaleur…

Inévitablement, les tirs amis sont aussi présents. Pendant des jours, l’US Navy au large des côtes de la Riviera n’ont aucune chance de faire taire les mastodontes canons allemands se rétractant dans les blockhaus en béton. Avec le barrage d’artillerie sur Hill 105, et les appels incessant du 509th et du 551st, les canons de marine tirent au loin.

Renversant la tendance contre les Allemands sur Hill 105, le Mortar Platoon Leader de la HQ Company, le Lt. Robert E. Buscher, crée une innovation sur le terrain. C’est avec une vitesse vertigineuse que les hommes de Buscher tirent des obus de mortiers qui arrivent d’avant en arrière sur la colline à un feu si rapide et avec une telle concentration de feu qu’un allemand capturé demanda quelle genre d’artillerie utilisent-ils. C’est grâce aux mortiers de Buscher que la résistance allemande est enfin mise en détresse. Le 1st Lt. Robert E. Buscher comble une lacune du 551st sur la colline en faisant tiré ses mortiers tout autant que de l’artillerie de 75 et de 105mm que les Goyas n’avaient jamais eu et ce dont ils souffraient continuellement.

Bud Hook, Sgt. Robert, S. Anderson et le Pfc. Ed Schultz sur Hill 105. Le bataillon perdit 25 hommes sur cette colline et un affolant nombre de blessés.

Quand le jour apparaît enfin, le 22 août, voyant les eaux bleues de la Méditerranée scintillant au loin, les paras de Joerg grimacent à la vue de leurs blessures et des morts gisant partout où certains sont exposés à la lumière du soleil et envahi par les mouches. La colline redevient étrangement calme et silencieuse. Les allemands ce sont apparemment retirés dans les petites heures du 22 août, en direction de Cannes. Avant qu’ils aient franchi les rives du Var, les « Canons de Navarone » de 280mm sur rail ne sont entendus. Soit la Marine les avait enfin détruit, soit ils se trouvaient à court de munitions. Les paras de Joerg ont cruellement souffert sur la colline 105, où ils ont été soumis à un feu intense de la part des mortiers et de l’artillerie de 105mm allemand qui dura près de 24 heures, les pertes sont de 25 parachutistes.

En descendant de la colline, le bataillon collecte de vieux camions, bicyclettes et des autobus se trouvant le long de la route, à travers Mandelieu et sur la rivière Siagne. Etant donné que leur propre moyen de transport n’était pas encore arrivé, les Goyas font ce qu’ils peuvent en improvisant leur transport en « libérant » des véhicules.

Pendant la journée du 22 août, le 551st prend Hill 78 et le reste de Hill 105 sans rencontrer de résistance. Le allemands ce sont apparemment retirés sans doute à cause de la prise des ces collines et du village de La Napoule par le 509th PIB. Ces captures mettent à mal les défenseurs allemands qui peuvent être encerclés dans le secteur du Tremblant.

L’avance sur Cannes

Le 551st PIB avait sécurisé le flanc nord de La Napoule après la prise de Hill 105 sur la route des Termes-Mandelieu. La Napoule est l’endroit qui avait bloqué les Gingerbread Men pour progresser sur Cannes. Le lendemain, le 509th Combat Team part des collines et se dirige sur la plaine de la rivière Siagnes.

Le 23 août, le 509th Combat Team doit établir une ligne de défense le long de la Siagnes à l’est de San Peyre. À leur grande surprise ce jour, le 509th n’est pas appuyé par la Navy. De la colline du château, les hommes peuvent voir le chemin où la A Company doit avancer sur Cannes. Des éléments ont traversés la rivière afin d’établir de nouvelles positions défensives le long de la RN 7 à Saint-Cassien juste au nord de l’aérodrome de Cannes. L’avancée sur la rive est de la Siagne se transforme en un violent combat lorsque les Allemands contre-attaque et repoussent les parachutistes au nord de l’aérodrome dans la zone du pont de la RN 7 sur le Béal, une petite rivière parallèle à la Siagne.

En traversant la Siagne, le feu qui s’abat sur les parachutistes est intense et meurtrier. Une colonne allemande avançant sur la route est éliminée, mais les artilleurs allemands repères les parachutistes et déclenchent un tir d’artillerie sur eux. Cinq paras sont tués, et 6 autres sont blessés. La contre-attaque allemande est repoussée, mais le pont est inaccessible à cause des canons antichars et les paras américains doivent se replier pour renforcer leur position.

Le Captain Roy E. Baze, chirurgien du 509th PIB se rend aussi au pont du Béal afin d’aider à évacuer les blessés sous un tir d’artillerie et de mitrailleuse très nourrie et est déterminé à aider les blessés. Plaçant un brancard sur son épaule il se met à nager dans la rivière et atteint la berge opposée et soigne finalement les blessé pendant cinq heures jusqu’à ce qu’ils soient évacués. Roy Baze reçoit ainsi la Distinguished Service Cross pour son héroïsme.

Au sud de la Bocca, des éléments de la A Company se battent contre une position ennemi retranchés que les paras délogent après un court combat. Les Allemands contre-attaquent le matin du 24, au lever du soleil et sont supportés par deux canons antichar, ce qui conduit à de lourde perte du côté des parachutistes américains. Cependant, la contre-attaque est repoussée.

L’entrée dans Cannes

Après les combats de Saint-Cassien, le 509th PIB est en position favorable pour entrer dans Cannes. Le matin du 24 août, la A Company envoie des patrouilles aux faubourgs de Cannes. Cette dernière rapporte que les Allemands se sont retirés de la ville. L’après-midi du 24 août Le 1st et 2nd Platoon du 645th Tank Destroyer Battalion sont en support du 551st PIB et du 509th PIB. Le passage de la rivière doit se faire à gué et un M10 Tank Destroyer est déchenillé après avoir roulé sur une mine. Les Allemands avaient lourdement miné tout le secteur et avait déjà causé la mort de trois officiers du 509th PIB. Le Capt; Roy E. Baze qui s’étit distingué sur la Siagne est une nouvelle victime de ces mines. En roulant accidentellement sur l’une d’entre elle, sa jeep sera complètement détruire et son corps disloqué.

Des parachutistes du 1st Platoon, A/509, sur un M10 Tank Destroyer du 2nd Platoon dans la rue Georges Clemenceau à Cannes.

À 17 heures le 24 août, après plusieurs difficultés dues à la destruction du pont sur la Siagne et aux mines, les hommes de A/509 font une entrée triomphale dans Cannes. Le 551st PIB suit de prêt et ensemble, les deux unités défilent dans la ville sous l’acclamation de la population. Depuis deux ans que le 509th se bat, jamais les parachutistes n’avaient reçu un tel accueil en libérant une ville. Le 509th Combat Team reste dans la ville pendant quelques jours, le temps que ses patrouilles déterminent le nombre de force ennemis se trouvant à leur prochain objectif : Nice.

 

Bibliographie

Orfalea, Gregory. Messengers of the Lost Battalion. Free Press, New York, New York, 1997.

Morgan, Dan. The Left Corner of My Heart, Wauconda, Washington; Alder Enterprises, 1984.

Gassend, Jean-Loup. Operation Dragoon Autopsy of a Battle: The Allied Liberation of the French Riviera August-September, 1944. Atlen: Schiffer Publishing Ltd., 2014.